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des grands opérateurs font machine arrière

C’est un sacré retournement de situation. La convergence entre les contenus – en particulier les médias – et les télécoms, qui fut tant à la mode ces dernières années, ne séduit plus les grands opérateurs. Au contraire. Plusieurs cadors du secteur en reviennent. Et de manière brutale. Le géant américain des télécoms Verizon a annoncé ce lundi se séparer de sa division dans les médias. Celle-ci, qui comprend les deux anciennes gloires d’Internet AOL et Yahoo, va être cédée au fonds Apollo Global Management pour 5 milliards de dollars (4,15 milliards d’euros). Rachetés en 2015 et 2016 pour respectivement 4,8 et 4,4 milliards de dollars, Yahoo et AOL étaient perçus comme des actifs stratégiques pour permettre à Verizon de se développer dans les contenus, remplir lui-même ses « tuyaux », et rivaliser avec Facebook et Google dans la publicité.

Mais la mayonnaise n’a jamais pris. Verizon n’a jamais réussi à développer ces actifs, qui ont accumulés les difficultés. En parallèle, l’opérateur doit composer avec une forte concurrence sur le marché américain des télécoms, notamment depuis la fusion de ses rivaux Sprint et T-Mobile US au printemps dernier. Mi-avril, Verizon a indiqué avoir perdu plus de clients que prévu au premier trimestre, à hauteur de 178.000 abonnés contre les 121.000 attendus par FactSet. En outre, le groupe a besoin de cash pour déployer la 5G, la nouvelle génération de communication mobile, particulièrement gourmande en investissements. Dans ce contexte, l’heure n’est plus à la diversification, mais au recentrage sur son cœur de métier.

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Le deal AT&T-Time Warner a marqué les esprits

Au milieu des années 2010, cette offensive de Verizon dans les contenus n’était pas un coup isolé. Tous les cadors des télécoms ont pris ce virage outre-Atlantique. En 2015, AT&T, le grand rival de Verizon au pays de l’Oncle Sam, a notamment avalé le spécialiste de télévision par satellite DirecTV pour devenir un poids lourd de la « pay TV ». AT&T ne s’est pas arrêté en si bon chemin. A l’été 2018, il a racheté le mastodonte des médias Time Warner – second distributeur de chaînes de télévision du pays et propriétaire de CNN, de HBO ou des studios Warner Bros – pour 85 milliards de dollars !

Pour les dirigeants des télécoms, ces deals sont justifiés par la menace des géant du Net, et autres services de vidéo à la demande comme Netflix. Tous redoutent d’être un jours « commoditisés ». C’est à dire d’être réduits à de simples fournisseurs de tuyaux pour les contenus de ces nouveaux arrivants aux dents longues. Lesquels n’hésitent pas, aujourd’hui, à investir directement dans les infrastructures télécoms, et en particulier dans les câbles de télécommunications sous-marins. En mettant la main sur des contenus premiums, et si possible exclusifs, les opérateurs veulent préserver leurs liens avec les clients finaux, et ne pas se faire damer le pion par les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple).

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BT Sport bientôt vendu ?

Sur le Vieux Continent, la « convergence » a fait des adeptes. BT a souvent été cité comme « modèle ». L’opérateur historique britannique a misé gros sur le football. Il a déboursé beaucoup d’argent pour diffuser, via ses propres chaînes, la prestigieuse Premier League et la Ligue des champions. Avec un objectif : se différencier de la concurrence, et rafler ainsi des abonnés télécoms. Aujourd’hui, BT fait machine arrière. La semaine dernière, son état-major a indiqué qu’il était en discussion « avec plusieurs partenaires stratégiques » concernant une possible cession des chaînes de sa division BT Sport. Selon le Daily Telegraph, l’opérateur souhaiterait, à l’instar de Verizon, désormais se concentrer sur le déploiement des réseaux Internet fixe et mobile.

Dans l’Hexagone, c’est Altice a longtemps surfé la vague de la convergence. Le groupe de médias et de télécoms du milliardaire Patrick Drahi, maison-mère de SFR, a multiplié les acquisitions dans les contenus et le sport. En 2015 et en 2017, celui-ci a notamment cassé la tirelire pour s’offrir les droits de la Premier League et ceux de la Ligue des champions.

« J’essaye de réfléchir à ce qui se passera en France dans dix ans, affirmait Patrick Drahi en avril 2016, lors d’une conférence à l’Ecole polytechnique, dont il est issu. A cet horizon, normalement, 100% des Français seront clients à la fibre. Qu’est-ce qui fera la différence entre Pierre, Paul et Jacques, qui vendent tous de la fibre ? »

Les contenus, répondait-il, à cette occasion. Pour le tycoon, l’important est « ce qu’on regarde sur nos écrans », à savoir « les informations à l’heure de la numérisation de la presse », du sport, ainsi que les films et les séries. Pour l’homme d’affaires, telles sont « les trois composantes essentielles de [son] business, en plus de faire de la fibre optique, de la 4G ou de la 5G ». Mais les mauvais résultats de SFR, fin 2017, et ses difficultés à monétiser les droits du foot, ont visiblement convaincu l’homme d’affaires de recentrer sa stratégie sur les télécoms et le désendettement de son groupe.

Aujourd’hui, la convergence ne semble plus du tout « inéluctable »comme l’affirmait il y a quatre ans le think tank Idate, lequel voyait dans cette diversification le meilleur moyen pour les opérateurs de doper leur revenu par abonné. Il apparaît difficile et couteux de rivaliser sur le front des contenus avec les géants du Net. Et ce dans un contexte économique tendu. La concurrence, en particulier en Europe, rogne les marges des opérateurs. Ceux-ci sont contraints d’investir à la fois dans la fibre, la 4G et la 5G. Les marchés, eux, voient ces dépenses d’un mauvais œil. Depuis la fin 2019, les grands opérateurs européens souffrent en Bourse. L’action Orange, le leader français des télécoms, est ainsi passée de 15 euros en novembre 2019, à environ 10 euros aujourd’hui… Le moment semble, en clair, désormais bien peu propice aux grosses emplettes dans les médias.




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