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Déduction d’impôts des dépenses liées au télétravail, mode d’emploi

LA TRIBUNE – En 2020, les salariés ont télétravaillé 3,6 jours par semaine en moyenne, selon une étude de Malakoff Humanis, les obligeant, pour beaucoup, à prendre à leur charge des frais professionnels. Mais entre le matériel informatique ou le forfait Internet, quels frais l’employé peut-il déduire de sa déclaration de revenus ?

STÉPHANE VAN HUFFEL – Le texte couvre à la fois les aides versées par l’employeur, qu’elles soient obligatoires ou spontanées, et les frais directement supportés par le salarié. Cependant, je pense que beaucoup de salariés n’ont pas eu à dépenser le moindre euro pour télétravailler. En effet, beaucoup de tâches ont été digitalisées l’année dernière, comme la signature électronique. Surtout, les employés ont pu équiper leur poste de travail à domicile en récupérant tout le matériel nécessaire dans les bureaux. D’autres coûts, comme l’utilisation prolongée de l’électricité ou du chauffage, sont théoriquement concernés par la mesure. Mais la limite est floue entre ce qui est strictement lié au télétravail et ce qui ne l’est pas.

Qui peut prétendre à ces déductions d’impôts ?

Nous attendons toujours le texte définitif. Mais ce que nous savons déjà, c’est que la mesure ne s’adresse pas aux indépendants ni aux professions libérales. Par ailleurs, elle vise les salariés des secteurs directement touchés par la crise : au début de l’épidémie, cela concernait surtout les métiers d’astreinte, puis avec la troisième vague le télétravail s’est généralisé à l’ensemble des Français. Dès lors, en théorie, la déductibilité d’impôts annoncée par le gouvernement est ouverte à tous les salariés. Mais en réalité, je connais peu de chefs d’entreprise qui ont versé d’autres allocations que celles permettant de maintenir l’emploi des collaborateurs. Cette mesure fait beaucoup de bruit pour finalement peu de dépenses.

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Le salarié indique ses frais directement sur le site de la direction générale des finances publiques. Mais quelle méthode choisir pour les déclarer ?

Tout d’abord, il faut rappeler que l’Etat propose une déduction d’impôt et non pas une réduction d’impôt : la première vient minorer le montant imposable, alors que la seconde réduit le montant à régler in fine. Ensuite, c’est au salarié de décider la manière dont il déclare ses dépenses : il a le choix entre une déduction forfaitaire, fixée à 10% et qui couvre l’intégralité des coûts, et le calcul des frais réels engagés au titre du télétravail et justifiés d’une facture. S’il ne veut pas se compliquer la vie, il devrait opter pour l’abattement de 10%, basé sur un forfait journalier de 2,50 euros. Par contre, s’il estime que ses dépenses dépassent le forfait annuel de 550 euros (vingt jours ouvrés sur onze mois), il devrait opter pour les frais réels. Mais il reste beaucoup de zones d’ombre. Par exemple, l’administration a annoncé qu’il n’y aura pas beaucoup de contrôles sur les justificatifs, ce qui est à la fois rassurant et inquiétant.

Signé en novembre, l’accord national interprofessionnel prévoyait la prise en charge par les entreprises des frais engendrés par le travail à domicile. Qu’est-il devenu ?

En fait, cet accord n’a pas beaucoup fait parler de lui puisqu’il ne prévoit aucune obligation pour les employeurs. Mais surtout, un chef d’entreprise cohérent équipe spontanément son salarié pour qu’il puisse travailler à domicile. C’est même dans son intérêt de lui fournir ce dont il a besoin pour être productif. Dès lors, je n’ai pas compris l’intérêt de demander aux entreprises de payer un salarié pour être en télétravail : la plupart prêtent déjà du matériel.

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Aujourd’hui, la déductibilité proposée par l’Etat permet aux salariés qui n’auraient pas été équipés par leur employeur de le déclarer. Mais encore une fois, je doute que cela concerne beaucoup de monde.




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