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Gard : un réseau 4G était brouillé… par un simple casque audio


Le 8 avril dernier, un événement étonnant s’est déroulé dans le Gard. L’ANFR, l’Agence nationale des fréquences, chargée de l’ensemble des fréquences radioélectriques en France, a été saisie pour gérer un brouillage du réseau 4G. Sur la commune de Sernhac et sur une zone de 10 kilomètres aux alentours, deux antennes étaient brouillées, affectant donc le réseau 4G de 800 MHz. Pour résoudre le problème, une enquête a été menée sur place et a conduit les enquêteurs vers une source très particulière.

Un agent du service régional Aix-Marseille de l’ANFR s’est rendu sur place et a repéré un objet grâce à l’émission électromagnétique que celui-ci dégageait. À l’aide d’une antenne Yagi directive, utilisée pour la télévision terrestre, et le récepteur du véhicule laboratoire, l’appareil responsable a été identifié dans un village situé à 3 kilomètres d’une des antennes relais affectées. L’objet se trouvait chez un particulier, et, avec son approbation, les investigations se sont poursuivies à l’intérieur. Il s’est avéré que l’objet perturbateur n’était autre qu’un casque sans fil analogique. Il existe deux types de casques audio sans fil : Bluetooth et analogique. Les plus récents utilisent la technologie Bluetooth, introduite en 1994 par Ericsson, une entreprise suédoise de télécommunication. Il fonctionne sur une fréquence comprise entre 2,4 GHz et 2,483 GHz, et permet à deux appareils de se connecter entre eux sans liaison filaire. L’analogique, lui, est un peu l’ancêtre du Bluetooth et fonctionne sur une bande UHF (ultra haute fréquence). Selon Olivier Ezratty, consultant et expert en objets connectés ainsi qu’en intelligence artificielle, la possibilité que le brouillage provienne d’un casque Bluetooth était nulle. « Ça aurait été quasiment impossible qu’un casque sans fil qui utilise le Bluetooth soit responsable de ce brouillage. La portée limitée est de 10 mètres à l’intérieur et de 100 mètres à l’extérieur. Ce ne peut pas glisser en fréquence. Les casques sans fil analogique peuvent, en revanche, complètement dériver de par leur ancienneté et causer ce type de souci. »

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Pourquoi un tel brouillage ?

Le casque en question émettait en dehors de la bande de fréquence qui lui était destinée en empiétant sur celle allouée au réseau 4G. Malgré sa conformité à la réglementation européenne signifiée par le marquage CE, il avait dérivé avec le temps. À partir du moment où son propriétaire l’a débranché, la perturbation avait totalement disparu. « La procédure est simple, on débranche et on rebranche au moins deux ou trois fois l’appareil perturbateur. En même temps, notre agent est au téléphone avec les opérateurs publics qui lui signifient si la procédure arrête ou non la perturbation », voici ce que nous confiait Christian Nicolaï.

Si le casque n’avait pas eu l’inscription CE, le propriétaire s’exposait à d’importantes sanctions judiciaires. L’article de loi L. 39.1 du CPCE (Code des postes et des communications électroniques) stipule que « le fait de perturber les émissions hertziennes d’un service autorisé en utilisant un équipement radioélectrique, dans des conditions non conformes, est passible d’une sanction pénale de six mois d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende ». L’agence a aussi la possibilité d’appliquer à l’usager d’une installation radioélectrique ne respectant pas les conditions légales et ayant causé un brouillage, des frais d’interventions. « Nous essayons d’être pragmatiques, si on est convaincu que le particulier ne peut à aucun moment savoir que son objet est problématique, et qu’il nous laisse faire correctement notre travail, on ne fait pas payer la taxe. Donc, dans le cas de Sernhac, le particulier n’a pas eu à payer », précisait Christian Nicolaï.

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En général, les brouillages sont causés par un équipement radioélectrique qui a dérivé et qui n’est plus conforme aux exigences de non-brouillage. Les dérivations peuvent provenir du vieillissement de l’un des composants, d’un équipement en panne n’étant pas débranché, mais aussi d’un appareil qui n’est pas conforme à la réglementation. Cette réglementation européenne est obligatoire pour la majorité des produits non alimentaires et matérialise l’engagement des fabricants sur la conformité de leur produit aux évidences européenne. Mais d’après Christian Nicolai, chef-adjoint du service régional Aix-Marseille de l’ANFR, « un simple appareil domestique peut causer ce type de brouillage. C’est le cas des box et des câbles HDMi, par exemple, qui peuvent rayonner ».

D’autres appareils plus importants peuvent aussi avoir un impact sur les réseaux. À Saint-Nicolas-de-Port, une ville en périphérie de Nancy, un habitant captait difficilement les chaînes de la TNT entre 18 heures à 20 heures. Sur place, les agents du service régional de Nancy découvrent alors que la perturbation provient d’un système d’éclairage d’un complexe sportif public. En raison d’un spot défaillant installé dans l’axe de l’antenne râteau du particulier, les interférences provenaient d’un problème de compatibilité électromagnétique.

Pas un cas isolé

Les affaires liées à des brouillages sont courantes et les agents chargés des enquêtes sont fréquemment appelés. Le chef adjoint du service Aix-Marseille nous confiait que le nombre d’interventions augmente exponentiellement. « Dans notre rayon d’action, au premier trimestre de 2021, on dénombre à peu près une centaine d’interventions sur des brouillages, incluant la résolution de ceux survenus fin 2020, qui n’ont pas pu être directement réglés. »



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