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Ce qu’a annoncé Agnès Pannier-Runacher pour (re)développer la souveraineté de la filière électronique

En visite en Isère au sein des locaux du fabricant de semi-conducteurs innovants Soitec à Bernin, la ministre Agnès Pannier-Runacher a signé un nouvel avenant au contrat de filière de l’électronique, qui avait déjà été signé près de Grenoble deux ans plus tôt.

Objectif : mettre à jour ce document stratégique pour y inclure des enjeux soulevés par la crise sanitaire, tout en les inscrivant au coeur du plan de relance. Avec parmi ces nouveaux axes stratégiques, celui de la souveraineté, mis en lumière au cours des derniers mois par la pénurie de composants semi-conducteurs à l’échelle mondiale.

« La France représente 25 % de l’électronique mondiale et se trouve en en avance sur certains composants avancés, mais la crise actuelle mondiale démontre bien que sur le terrain des composants à plus faible valeur ajoutée, nous dépendons encore beaucoup de l’Asie. Il faut repartir à la conquête de notre souveraineté économique en renforçant notre capacité de production sur les maillons faibles de la chaîne », a rappelé Agnès Pannier-Runacher.

Ainsi, à travers cet avenant, l’Etat réaffirme son soutien aux industriels de l’électronique, réunis sous la houlette du président du comité de filière Thierry Tingaud (également président France de STMicroelectronics), et veut mettre en particulier le cap sur trois axes jugés « stratégiques » pour les mois à venir.

A commencer par le lancement de nouveaux projets d’innovation au service de la transition de la ligue énergétique, qui passera notamment par le développement de l’électronique de puissance visant à améliorer les rendements des véhicules électriques ou les technologies d’intelligence artificielle embarquée. L’Etat s’engage par ailleurs à « accompagner la souveraineté technologique et industrielle de l’Europe« , en soutenant des projets d’implantation industrielle, de création de filières d’avenirs, ou de développement de compétences clés.

Enfin, la ministre en charge de l’Industrie souhaite également y ajouter un volet traduisant un engagement plus marqué pour un recrutement plus inclusif auprès des jeunes et des publics en reconversion, mais également de l’égalité hommes-femmes, dans un contexte où les industriels du secteur pourraient être amenés à créer plusieurs centaines d’emplois au cours des mois à venir, épaulés par France Relance.

Une nouvelle vague de projets soutenus par France relance

Car à travers cette visite, l’Etat réaffirme également son soutien à la filière en annonçant une nouvelle vague de 105 nouveaux lauréats à l’appel à projets France Relance (« Résilience ») destiné aux secteurs critiques, dont l’électronique.

Ce sont plus précisément 22 nouveaux projets, portés par des entreprises de l’électronique de la photonique, qui seront ainsi soutenus pour un total de 76 millions d’euros d’investissements industriels et 26 millions d’aides venant de l’Etat, visant à relocaliser des productions jugées « critiques » en France.

Avec parmi eux, cinq nouveaux projets d’investissements portés par des acteurs auralpins de la filière de l’électronique ou des semi-conducteurs.

C’est par exemple le cas du fabricant de capteurs infrarouges Lynred, qui regroupe désormais les deux entités Sofradir et Ulis près de Grenoble à Veurey-Voroize, qui veut développer une nouvelle filière de capteurs infrarouges pour des applications industrielles en relocalisant une partie de ses activités de développement en France.

Ou encore de la jeune pépite Aryballe Technologies, qui souhaite désormais industrialiser son nez olfactif utilisant des capteurs, mais également du fournisseur grenoblois Microoled, leader dans le domaine de la fourniture des écrans Oled, qui souhaite développer une nouvelle ligne de production industrielle destiné à coloriser des micros écrans, dont les seuls fabricants sont aujourd’hui basés en Asie.

L’État ajoute que la réalisation de ces 22 projets devrait conduire à la création de 900 emplois directs de ici quatre à cinq ans.

Un nouveau « chapitre » pour Nano 2022

Mais la visite de la ministre Agnès Pannier-Runacher était également l’occasion de poser une première pierre pour bâtir une nouvelle souveraineté européenne en matière d’industrie semi-conducteurs.

Une industrie fortement capitalistique pour demeurer à la page de l’innovation et de la miniaturisation, qui fait également face à une concurrence mondiale très forte venant d’Asie et des Etats-Unis, et à une stratégie fabless qui avait progressivement contribué à faire partir les sites de fonderies de son territoire. 

Aux côtés de plusieurs acteurs hexagonaux dont Soitec, STMicroelectronics et Lynred, la ministre a confirmé que des discussions concernant la suite du plan Nano 2022 étaient bel et bien entamées.

« Nous travaillons dessus avec la conviction qu’il faut passer au chapitre suivant. Est-ce que ce sera Nano 2024 ou 2026, je ne saurais le dire, mais nous devons accélérer aujourd’hui sur l’ensemble de la filière électronique, et c’est une conviction que nous partageons avec le commissaire européen Thierry Breton », affirmait Agnès Pannier Runacher.

La ministre en charge de l’Industrie a par ailleurs rappelé, durant cette visite, l’exemple de l’isérois Soitec, l’un des chefs de file du plan Nano 2022 pour lequel ce plan s’est traduit par une croissance de 30% au cours des deux dernières années, et un vaste plan d’embauches.

« C’est une entreprise qui a réussi à se repositionner sur une niche à haute valeur ajoutée et qui grâce au soutien de ce plan, a vu sortir de terre de nouvelles installations et a déjà atteint les 500 emplois créés, sur un objectif de 700 à l’échelle de cinq ans », a indiqué Agnès Pannier Runacher.

Et d’ajouter : « On voit que la stratégie voulue par le Président de la république de remettre des capacités de production en France dans le domaine de l’électronique paie, et cela va encore s’accélérer avec le plan de relance ».

Après avoir mis sur la table près d’un milliard d’euros d’aides de l’État (890 millions d’euros) sur une période de cinq ans (renforcés par une enveloppe de 5 milliards apportés par les industriels eux-mêmes), le gouvernement français planche donc dès à présent sur la composition d’un nouveau plan IPCEI qui pourrait prendre le relai du plan Nano 2022, sur les années à venir.

« Ce futur plan sera nécessairement européen et je pense qu’il sera même plus large que Nano 2022, qui intégrait à l’époque 3 ou 4 pays ainsi qu’une poignée d’entreprises. Nous pouvons aller plus loin car l’on voit émerger un certain nombre d’acteurs qui ont vocation à se positionner sur ces questions », a confirmé la ministre.

Pour cela, le gouvernement souhaite lancer des appels à manifestations d’intérêts aux industriels, déjà en cours, « à l’image de ce qui a été fait sur la filière hydrogène » avec un double objectif : regrouper les acteurs ainsi que les besoins en présence et « construire une proposition » pour la présenter ensuite à la commission européenne, qui tient les cordons de la bourse des grands plans IPCEI (Important Projects of Common European Interest). Ce dispositif d’aides permet en effet aux Etats membres à financer des initiatives au-delà des limites habituellement fixées par la réglementation européenne, afin de soutenir des projets jugés essentiels pour la compétitivité de l’Europe.

« Cela passera nécessairement par une stratégie européenne lorsqu’on voit le niveau d’investissement considérable que demande la création d’une fonderie pour les semi-conducteurs, qui atteint plusieurs dizaines de milliards d’euros ».




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