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Coronavirus : Nathalie Birault, malentendante, crée des masques transparents

Peut-on être masqué tout en restant expressif  ? Oui, grâce aux masques transparents. En France, Nathalie Birault, une malentendante désireuse d’aider les personnes qui ont besoin de lire sur les lèvres a mis au point le modèle Sourire, un masque doté d’une fenêtre rectangulaire qui laisse entrevoir une grande partie de notre visage. Cette graphiste, née en 1981 dans le village de Langres en Haute-Marne, et sourde depuis l’âge 12 ans, a de la suite dans les idées : elle a par le passé mis au point des bijoux capables d’habiller les appareils auditifs. Car, alors que la surdité ferme encore certaines portes, elle a réussi à transformer son handicap en force.

Après avoir décroché un bac scientifique en espérant devenir audioprothésiste, la surdité l’empêche en effet de poursuivre cette formation. Elle se dirige alors vers les Beaux-Arts de Saint-Étienne, où elle décroche un diplôme national supérieur d’expression plastique option art. 
Elle devient alors graphiste dans une société d’assurance, un poste qu’elle occupe ensuite durant six ans. 
Sa surdité s’amplifie, Nathalie n’entend plus son entourage et ne peut plus suivre les réunions de travail. Elle décide donc de faire une bi-implantation cochléaire qui lui permet aujourd’hui de réentendre.
 Pour accepter ses nouveaux appareils, elle crée à Lyon avec un spécialiste de l’industrie textile Bruno Savage, une société, Odiora, qui veut aider les malentendants à mieux vivre le port de prothèse auditive. Alors que, coronavirus oblige, les masques se généralisent, elle a l’idée de mettre au point des modèles qui rendent la lecture sur les lèvres.

Certes, il ne s’agit pas que du seul masque transparent, tant s’en faut. En France, il existe le modèle Beethoven, antibuée, ou encore le masque soutenu par l’association de langage des signes Lsf Pi Tous. Tout comme le masque Inclusif, lui aussi fabriqué en France. Ce type de masque devrait bientôt être utilisé par les enseignants de maternelle en France. Ils pourraient être déployés également dans des Ehpad. Conçu aux États-Unis, le Leaf Mask s’appuie, lui, sur un rayonnement ultraviolet germicide intégré dans le filtre pour s’attaquer aux agents pathogènes. Astucieux même si le dispositif ne bloque dans le meilleur des cas «  que  » 99,99  % des microbes.

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De son côté, Nathalie Birault fait déjà travailler vingt personnes dans cinq ateliers de couture près de Lyon pour mettre au point ses masques que l’on peut laver dix fois à la machine à 60 degrés. Son modèle est validé par la DGA, et le duo travaille maintenant à trouver des textiles recyclables à 100 %, comme c’est le cas pour le coton du masque. Ce serait le cas si le port du masque s’inscrivait durablement dans notre quotidien. « Nous voyons encore l’activité de production des masques comme temporaire, même si elle complètement en phase avec notre raison d’être, à savoir aider les personnes souffrant de perte auditive à mieux vivre au quotidien », explique-t-elle au Point. Interview

Le Point : Pourriez-vous revenir sur votre parcours ?

Nathalie Bidault : Nous avons découvert ma surdité à l’âge de 12 ans, et dès lors j’ai dû porter des appareils auditifs peu esthétiques. Dès les premiers jours, j’ai eu envie de les personnaliser, pour me les approprier et les accepter. Alors, j’ai appris à changer les coques de ces appareils auditifs. Ma perte d’audition ne m’a pas permis de suivre mes études pour devenir audioprothésiste ; j’ai fini par suivre une formation en communication visuelle à l’École des beaux-arts, qui m’a servi au moment de créer des bijoux pour appareils auditifs. 
Un voyage à Tahiti a aussi été déterminant : là-bas, la fleur portée à l’oreille est un moyen de communication entre les personnes. Je rêvais de parler de ma surdité avec une telle simplicité. 
J’ai décidé de créer Odiora à la suite de ma double implantation cochléaire en 2015, pour aider plus de personnes à accepter l’appareillage auditif, qui devenait ainsi plus joli, et mieux profiter du quotidien.


« 70 % de la communication est non verbale, même quand on entend parfaitement »

Peut-on encore exprimer ses sentiments à l’heure des masques généralisés ?

C’est difficile ! Pour les personnes sourdes et malentendantes, bien sûr, mais pour tout le monde aussi. Soixante-dix pour cent de la communication est non verbale, même quand on entend parfaitement ! En plus des mots et des intonations, les expressions du visage permettent de comprendre le sens d’un message. Les yeux ne sont pas la seule partie du visage à transmettre le message non verbal ; les lèvres et les joues ont un rôle aussi.
 Le port de masques opaques freine donc la communication, et la rend moins agréable aussi.

En quoi le côté transparent de vos masques facilite-t-il la vie ?

Il permet d’ouvrir la communication. Sans parler exclusivement de lecture labiale, un souhait généralisé à l’heure du port du masque est de retrouver un peu d’humanité dans les échanges. C’est ce que nous essayons d’apporter avec nos masques Sourire : la fenêtre transparente permet de mieux se comprendre, en permettant de voir les lèvres et les joues de son interlocuteur, mais aussi en retrouvant le sourire ! Bien sûr, à l’avenir, nous aimerions que le port du masque ne soit plus obligatoire, et que cette crise sanitaire prenne fin. Dans l’attente, la clé selon nous n’est pas purement technologique. L’efficacité du port du masque de façon globale repose tout d’abord sur le fait que le plus grand nombre de personnes le portent. Réussir cela passe par proposer un produit qu’on a envie de porter, et qui n’est plus vu comme une contrainte. Nous nous efforçons donc de proposer des masques aussi tendance que possible, avec les limites imposées par les contraintes réglementaires.


Quels autres progrès technologiques peuvent être envisagés pour les masques ?

La désinfection rapide par la lumière pourrait être un vrai plus ; elle lèverait des contraintes techniques relatives à l’entretien, et notamment au lavage, et permettrait donc d’améliorer d’autres aspects du masque, notamment esthétiques. Nous voyons l’activité de production des masques comme temporaire, même si elle est complètement en phase avec notre raison d’être, à savoir aider les personnes souffrant de perte auditive à mieux vivre au quotidien. Nous continuons donc à développer notre activité de bijouterie, qui a de belles perspectives à l’heure actuelle, et travaillons sur de nouveaux projets également !


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